L’été sera chaud …
Chaque été, le plan national canicule est réactivé. Dans ce cadre, les directions des établissements pénitentiaires sollicitent les USMP afin d’établir une liste des personnes vulnérables, sur le modèle des registres mis en place dans de nombreuses communes.
Cette demande soulève plusieurs interrogations.
Même sans transmettre un diagnostic médical, l’inscription d’une personne sur un registre de vulnérabilité ne peut avoir de sens que si son objectif est clairement défini et si les principes fondamentaux sont respectés : une démarche volontaire, réalisée avec l’accord de la personne concernée, et la garantie de la confidentialité des informations recueillies. Comme dans le droit commun, l’inscription devrait pouvoir être demandée par la personne elle-même ou, avec son accord, par un proche.
Au-delà de ces aspects, la définition même des personnes à risque mérite d’être interrogée. Le profil des populations vulnérables évolue selon le niveau d’alerte canicule (du niveau vert au niveau rouge). Or, l’instruction interministérielle du 27 mai 2024 rappelle qu’à partir du niveau de vigilance orange, l’ensemble des personnes détenues est considéré comme une population vulnérable nécessitant une protection particulière.
Cette réalité interroge la pertinence d’établir une liste restreinte de personnes « à risque ». Comment considérer comme non vulnérables des personnes vivant à trois ou quatre dans une cellule de moins de 10 m², sans possibilité de créer un courant d’air ? Les conditions mêmes de détention constituent un facteur majeur d’exposition aux fortes chaleurs.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel que les personnes détenues soient clairement informées des conséquences concrètes de leur éventuelle inscription sur un registre : quelles mesures de protection seront mises en œuvre ? Quels bénéfices peuvent-elles en attendre ? De la même manière, les professionnels de santé gagneraient à connaître les dispositifs effectivement déployés dans les différents établissements pénitentiaires afin d’assurer une cohérence entre les recommandations sanitaires et leur mise en œuvre.
Au fond, la question dépasse largement celle de la constitution d’une liste. Elle renvoie aux conditions concrètes de protection des personnes détenues face aux épisodes de chaleur extrême : accès aux douches, distribution d’eau, possibilité d’adapter les tenues vestimentaires, mise à disposition de protections solaires, accès à des espaces plus frais… Autant de mesures essentielles qui relèvent avant tout de l’organisation de la détention et non du champ médical.
À l’heure où les épisodes caniculaires se multiplient et s’intensifient, la protection des personnes détenues doit s’appuyer sur une approche globale, pragmatique et coordonnée, dépassant la seule identification de personnes dites « vulnérables ».
Le bureau de l’APSEP qui vous souhaite de bonnes vacances réparatrices
